Samedi 21 avril 2007
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Pourquoi rien ne changera véritablement en France pendant le prochain quinquennat
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Le financement démesuré et incontrôlé de notre système politique paralyse notre pays car le débat démocratique indispensable se noie dans les polémiques et les affrontements partisans. Cela est dû principalement au rapport étroit du pouvoir avec les partis politiques dont le financement en est la clé. Pour être élu, il faut un parti, et pour alimenter les caisses du parti, il faut des élus. Les deux sont tellement liés qu’il en résulte un immobilisme de toute la dynamique politique, et par voie de conséquence, de la dynamique nationale. C’est une des raisons pour lesquelles la situation de la France va encore s’aggraver pendant le prochain quinquennat.
Le système de financement de notre espace politique est un véritable drame car les budgets démesurés attisent les luttes de clans et favorisent la division, paralysant le débat et interdisant de ce fait toute réforme d’envergure, donc tout vrai changement. Il génère et entretient un système d’influence particulièrement verrouillé qui ne laisse que peu de place à la compétence et à une gestion saine et démocratique. Il offre par contre une large place à l’immobilisme par la dépendance étroite des représentants du peuple à leur parti. Les réformes de fond que les Français attendent ne seront une nouvelle fois pas au rendez-vous de ce prochain quinquennat car le débat ne pourra encore pas prendre sa place légitime. Par défaut, la prolifération des réglementations de second ordre, au lieu de résoudre les problèmes, ne fera que les amplifier.
Aucun mandat ne peut aujourd’hui s’affranchir de son échéance électorale. En d’autres termes, ce n’est pas parce qu’on a cinq ans pour gouverner que l’on est libéré de la pression électorale. Celle-ci s’exerce à tous les instants de la vie politique et pèse sur les décisions des dirigeants, directement ou indirectement. A l’assemblée, là où devrait s’exprimer toute la richesse du débat démocratique avec 577 députés censés représenter tous les Français disposant chacun d’un budget mensuel de plus de 20.000 €, c’est en fait un dialogue de sourd et un affrontement perpétuel qui prévaut entre les principaux partis, désintéressant non seulement les Français mais les députés eux-mêmes qui désertent de plus en plus les débats et les votes. Si l’on ajoute à cela les 20% de Français qui ne sont même pas représentés depuis 20 ans, cela montre bien à quel niveau notre démocratie d’opinion en est réduite.
Malheureusement, aucun des candidats n’a l’intention de changer cette aberration fondamentale de notre système démocratique pour la bonne raison que le gâteau est bien alléchant et qu’ils ont des comptes à rendre au parti sans lequel aucune accession au pouvoir n’est possible. Avec une majorité parlementaire aux prochaines législatives, c’est près de 3 millions € par mois que leur parti va encaisser pendant 5 ans (montants encaissés par l’UMP en 2007), et dont il aura du mal à se voir priver. Soit près de 200 millions €, une bonne rentabilité par rapport aux quelques millions investis dans la campagne présidentielle (3,5 millions € en 2002 pour le RPR et le PS).
Comme le cycle démocratique étant maintenant renforcé à 5 ans, cette échéance devient d’autant plus cruciale dans la vie de nos élus, et les énormes budgets qui en découlent concentrent l’énergie politique sur la conquête et la conservation des parts de marché de ce nouveau business si rémunérateur, si protégé, et si peu contrôlé.
Même François Bayrou qui veut bousculer le système a déjà annoncé la création d’un grand parti s’il est élu, ce qui alimente assez bien la critique qui lui a été faite de « tenter une OPA sur le parti socialiste » (Jean-Michel Apathie sur Canal+). L’expression est bien choisie pour illustrer la financiarisation politique. Nous avons personnellement suggéré à Monsieur Bayrou d’inclure dans son projet de libérer les députés de l’emprise des partis pour un meilleur fonctionnement de notre démocratie, mais apparemment il n’a pas retenu cette idée.
Comme vrai changement, les Français attendent un grand rassemblement, libéré des intérêts des minorités, car ils savent bien qu’il est nécessaire pour faire face à une situation critique d’importance nationale. Sans synergie, pas d’énergie, et pendant que les Français s’enlisent dans l’affrontement interne, ils ne peuvent pas faire face à une compétition internationale de plus en plus forte, qui fait main basse sur leurs richesses et dégrade leur qualité de vie.
Les budgets annuels des principaux organes politiques Français en 2007 :
Présidence de la République : 32 millions € (en fait illimité sans aucun contrôle)
Assemblée nationale : 502 millions €
Sénat : 309 millions €
Partis politiques : 73 millions €
Quant aux Services du Premier ministre, le budget était de 900 millions en 2005, difficile à préciser dans les dernières lois de finances, car de plus en plus dilué. Soit, au total, près de 2 milliards € par an pour notre vie politique. Des budgets faramineux, toujours aussi opaques, et pour quel résultat. Pour près de 10 milliards d’euros dépensés sur 5 ans, c’est bien peu d’améliorations observées en ce qui concerne la résolution de nos problèmes.
Imaginez pourtant l’efficacité que l’on pourrait obtenir si les 365 millions € qui vont être encore une fois versés aux partis politiques ces cinq prochaines années étaient investis en moyens techniques et recherche mis à la disposition de tous les partis et de toute l’intelligence Française, notamment pour organiser de vrais débats productifs. Ne serait-ce pas là tout simplement un vrai changement ?