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Jeudi 3 mai 2007

 
La France, toujours engluée dans de traditionnelles idéo-rêveries politiques, s’enfonce de plus en plus dans une illusion européenne qui va lui coûter encore 5 années de stagnation économique et sociale, car l’objectif des nouveaux chefs de l’Europe n’est pas économique, et encore moins social, c’est la grande marche vers une nation utopique qui hypothèque notre présent pour un avenir plus qu’incertain.
 

Il y a une confusion dangereuse au sujet de l’Europe dans l’esprit des Français qui paralyse notre pays pour un avenir européen qui ne correspond pas à l’idée qu’ils en ont. La meilleure preuve en est qu’ils croient pouvoir la façonner à leur idée, à commencer par les deux prétendants au trône présidentiel eux-mêmes. Pourtant, avec seulement 8,7% de poids dans les décisions européennes (indice de Shapley)pour à peine 12,3% de la population, comment peuvent-ils encore rêver pouvoir changer la tendance prise par la quasi totalité des 26 autres pays membres et leurs 390 millions d’habitants qui profitent des structures mises en place et à qui l’Europe profite en priorité. L’absence des questions européennes et internationales de la campagne des deux favoris, pourtant capitales, montre leur dangereuse inconscience de nos favoris à ce sujet. Rien d’étonnant quand on voit qu’ils croient que la France est encore 5ème puissance mondiale (cité encore par Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal à « dimanche plus » sur Canal), alors que la Chine nous a ravi cette place depuis deux ans déjà. Ce détail d’apparence anodine illustre bien la « légèreté » économique de ces deux soi-disant champions à qui nous sommes en train de confier notre avenir. 

 

Contrôler la BCE et l’euro pour Nicolas Sarkozy, faire l’Europe sociale pour Ségolène Royal, voilà bien également deux utopies qui montrent à quel point nos deux prétendants sont eux-mêmes dans une dangereuse confusion vis à vis de l’Europe. Croire que la France peut imposer sa volonté en Europe n’est que pure illusion, et les sacrifices qui sont demandés aux Français aujourd’hui le sont en pure perte tant leur schéma républicain est éloigné des 26 autres partenaires de l’Europe, condamnant encore pour longtemps l’espoir d’une union homogène et fonctionnelle pour en tirer des bénéfices.

 

Ainsi, quand le rêve cède la place à la réalité d’un texte constitutionnel, les Français le rejettent car il ne correspond pas, bien sûr, à l’imaginaire collectif qu’on leur a laissé se forger. Mais s’ils ne sont pas tombés dans le piège de la première constitution, ne se feront-ils pas trahir dans l’avenir, rien n’est moins sûr. Surtout, les Français veulent du changement, mais ils ne sont pas conscients que l’Europe du changement condamne le pouvoir qu’ils aiment donner à leur chef au suffrage universel, car ceux qui font l’Europe n’ont qu’une idée en tête, celle de développer l’ascendant du pouvoir de cette pseudo-nation au détriment de leur souveraineté. Les conséquences, elles, sont déjà bien là depuis plusieurs années, provoquées par ces « apprentis sorciers » de la politique qui sont encore plus déconnectés des réalités, perdus dans leur délire de « holding politique », comme en témoigne cette constitution nébuleuse et mort-née que nos politiciens eux-mêmes sont incapables de comprendre.

 

Au moment du grand réveil citoyen avec 84% de participation aux présidentielles, les absurdes 42% de participation aux dernières élections européennes montrent bien clairement la « virtualité » de cette Europe pour nos concitoyens. Si on demandait aux Français par référendum aujourd’hui s’ils veulent abandonner leur passeport Français et l’élection de leur président duquel ils attendent tous les miracles, il est probable qu’ils répondraient encore une fois « non ». Pourtant c’est exactement l’aboutissement non avoué des acteurs de l’Union Européenne dont la seule viabilité est de constituer une réelle nation disposant de tous les outils indispensables à une démocratie. Viabilité toute illusoire car la géométrie plus que trop variable de l’Europe lui interdit de ressembler à une véritable nation dont elle nourrit pourtant ses rêves. Pendant ce temps, la France comptant à tort sur cette union pour la protéger de la concurrence offre ses faiblesses en cadeau à la cupidité des prédateurs internationaux. Son patrimoine fait le bonheur de ceux qui ont les moyens de se l’offrir, mais ils sont de moins en moins français. Pauvres héros résistants qui ont sacrifié leur vie pour laisser leurs descendants abandonner ce patrimoine si chèrement défendu.

 

Faut-il donc être français pour se laisser manipuler aussi facilement par ses partenaires à qui nous aimons tant ouvrir nos bras. Seraient-ils aussi généreux à notre encontre ?

 

Cette Europe va peser de plus en plus lourd dans la balance de nos comptes commerciaux et sociaux. La candeur internationale française va encore laisser la part belle à nos concurrents et nous obliger à puiser encore dans notre bas de laine pour continuer à maintenir notre train de vie au dessus de nos moyens. Et pourtant, s’il y a bien un pays européen qui n’a pas besoin de l’Europe, c’est bien la France. d’autant plus que nos dirigeants s’imaginent naïvement ou présomptueusement pouvoir la faire changer de cap, et les Français, plutôt que d’en tirer les bénéfices risquent fort de continuer à en être les victimes.


Et pourtant, s’il y a bien un pays européen qui n’a pas besoin de l’Europe, c’est bien la France.

 

Par jean-marc - Publié dans : DEBAT sur L'EUROPE
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