Avant toute décision, il faut mettre en place un système consultatif global et sécurisé pour pouvoir prendre le plus rapidement possible les grandes décisions dont nous avons besoin. La question de l’Europe laissée en suspend depuis 2005 est plus que jamais d’actualité. Il faudrait donc en premier lieu donner la possibilité à tous les Français d’être informés objectivement des conséquences et des risques liés au processus d’unification européenne, et leur donner la possibilité de se prononcer sur une sortie éventuelle de ce processus. Voici ci-après quelques réflexions sur la nécessité d’une telle consultation.
l’Europe est incompatible avec la démocratie, surtout la nôtre.
La récente modification du premier article de notre constitution a instauré le principe de décentralisation (17 mars 2003). Ce principe est opposé au premier de tous les principes de notre constitution exprimé dans ses tout premiers mots : « La France est une république indivisible ». Première et majeure incohérence de notre démocratie. Ça démarre mal. Non content d’instaurer des principes contradictoires au cœur de la République, on récidive de plus belle avec l’Union Européenne. Le partage (donc la division) des pouvoirs entre notre structure démocratique et le Parlement Européen est littéralement interdit par ce premier article. Oups ! On continue : comment peut-on à la fois décentraliser l’état pour rapprocher à juste titre l’autorité de ses administrés, et soumettre parallèlement ces mêmes administrés à la tutelle d’une autorité encore plus centralisée et éloignée ? Si la décentralisation est réellement démocratique car elle permet de mieux satisfaire la volonté des individus, à l’inverse la centralisation déconnectant les élus des spécificités locales, est structurellement antidémocratique. Le transfert du pouvoir économique à des super-banquiers comme l’institue l’Europe est contraire à toute logique républicaine. Cette délégation du pouvoir financier est également contraire au quatrième principe « La France est une république sociale ».
Avant tout, notre démocratie souffre d’une faille profonde, bien avant la faille européenne qui se creuse de jour en jour. Nous ne sommes pas les seuls. Pourquoi tous les pays soi-disant démocratiques ont tous choisi une structure démocratique différente ? Parce que aucun peuple n’a encore réussi à s’affranchir du pouvoir et établir une authentique démocratie. La démocratie, la vraie, trouve ses limites dans le nombre de gens que l’on peut satisfaire au sein d’une même organisation, car la diversité humaine, qui fait notre richesse, va de pair avec l’éloignement des distances. Bien que nous soyons issus du même moule, nous sommes tous différents. Tous les empires créés par volonté de pouvoir finissent toujours par éclater, en général toujours pour les mêmes raisons, l’impossibilité de contrôler et de gérer efficacement un territoire trop étendu, et la nécessité pour les communautés de revendiquer leur identité propre. Pourquoi faut-il que tous les siècles d’histoire ne suffisent jamais aux hommes pour retenir leurs leçons ?
L’Union Européenne relève toujours du même processus et de la même idéologie de puissance par regroupement et association de moyens suivant le vieil adage « l’union fait la force ». Mais il y a des limites même à la puissance et à la force, surtout pour ce qui est de la démocratie. En effet, une démocratie cherche à satisfaire au plus près la volonté des hommes et des femmes d’une même communauté. Or plus le nombre et la diversité des individus augmentent dans cette communauté, plus il est difficile de satisfaire équitablement ces individus. Si la première démocratie inventée par les Athéniens était une démocratie directe car ils proposaient, discutaient et votaient eux-mêmes toutes leurs règles, tous les philosophes qui ont étudié le concept démocratique par la suite ont toujours considéré que la démocratie directe était limitée par le nombre des participants, car ils étaient bien conscients de la difficulté de satisfaire équitablement un nombre important d’individus. Également, la progression démographique a toujours posé des limites naturelles à la démocratie. L’Union Européenne n’est donc peut-être pas la meilleure alternative pour garantir notre démocratie. Il faudrait donc faire un choix. À nos sociétés atteintes de la folie expansionniste, il faudrait sans tarder intégrer le concept « démocratie <> puissance » pour rechercher et définir le compromis idéal entre ces deux tendances, et s’apercevoir peut-être que notre pays représente déjà le meilleur compromis. Plus on recherche la puissance, et plus on s’éloigne de la démocratie, et vice-versa.
Ernest Renan, dans une conférence célèbre en 1882 disait : « Une nation, c’est l’aboutissement d’un long passé d’efforts, de sacrifices, et de dévouement : avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent, avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. » L’Europe ne sera jamais une nation, encore moins un peuple, et de ce fait tout ce qu’on nous vend aujourd’hui au sujet de l’Europe ne fait que nous détourner un peu plus de la route qui mène à la vraie démocratie, à notre harmonie sociale et à notre bien-être. Nous devons savoir si nous voulons abandonner notre démocratie, notre identité, notre constitution, renoncer à l’élection de notre président au suffrage universel, à notre passeport français, tout cela au profit d’une hypothétique nationalité européenne. En effet, dans nationalité il y a nation, et sans vraie nation, pas de nationalité possible.
Chaque nouvelle centralisation nous éloigne un peu plus de la possibilité de réaliser une démocratie directe qui est la seule vraie démocratie.
L’Europe hypothèque notre présent pour une illusion future



