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LA DÉCLINOCRATIE

Dimanche 28 mai 2006

Les Français constatent avec tristesse jour après jour leur impuissance à maîtriser leur destin économique. Ils souffrent du gaspillage de leur droit à profiter de la qualité de vie dont la France est toujours le modèle, mais dont ils n’ont eux-mêmes plus les moyens.

 

Les Français étouffent, ceux qui disent le contraire sont des privilégiés. Le dernier paradoxe Français, ce sont les nouveaux pauvres dans le pays le plus luxueux de la planète. La France est toujours championne de la qualité de vie, mais définitivement plus pour tout le monde. Pour se rendre bien compte de notre évolution, voici quelques chiffres qui ne laissent aucun doute.

- l’INSEE d’abord, mesure directement le pouvoir d’achat en France : baisse de 0,7% de 1995 à 1996, + 1% chaque année jusqu’en 1999, puis n’a cessé de régresser jusqu’en 2003 (- 0,8% de 2002 à 2003). (Secteur privé et semi-public) ;

- dans les 10 dernières années, de 1996 à 2005, le SMIC a augmenté de 10%, mais le coût de la vie a augmenté de plus de 30% ;

- de 1978 à 2004 (26 ans), les salaires “bruts” ont augmenté de 50% seulement. L’inflation quant à elle à été de près de 250% (3,7% en moyenne par an), 5 fois plus que les salaires.

 

Depuis près de 30 ans donc, notre pouvoir d’achat ne cesse de diminuer, et dans des proportions importantes. La récente étude de KPMG sur la compétitivité des pays du G7 derrière le « cocorico » français cache un bien triste bilan : la compétitivité française y est exemplaire, y compris pour les coûts des salaires. Ce n’est déjà pas une bonne nouvelle en soi pour les salariés, mais quand on rajoute à cela le fait que le rapport précise « coût réel des salaires y compris les charges sociales », alors là, ça devient très alarmant. En effet, la France est le pays où les salaires nets sont presque doublés par les charges sociales et taxes diverses. Cela ne laisse plus beaucoup de place pour notre pouvoir d’achat.

 

L’économie descend doucement mais sûrement. Depuis 3 ans que le CAC 40 progresse insolemment, la croissance est en panne et le CAC 40 ne traduit aucune augmentation du PIB. Pourquoi? Parce que le CAC 40 n’est en fait que la mesure de la valeur spéculative du capital des entreprises, artificiellement décuplée par la baisse des taux d’intérêts. La dégradation de l’économie française elle est bien réelle :

- croissance en panne depuis 2002 (1%) ; voisine de zéro en 2003 ; 1,4% en 2005 (elle était de 4% aux Etats-Unis ; 3,5% en Suède ; 10% en Chine en 2005) ;

- balance commerciale en baisse constante depuis 1999 (création de la monnaie unique) pour aboutir à un déficit de 14 milliards d’euros en 2004 et atteindre la démesure en 2005 avec 24,5 milliards d’euros de déficit. Du jamais vu en France, et elle devrait être bien supérieure encore en 2006. Même dans les périodes les plus sombres, on n’avait pas été jusque-là. Notre balance commerciale était un exemple et en progression constante de 1990 à 1998, jusqu’à la monnaie unique. Drôle de coïncidence…

- explosion des déficits sociaux avec 14 Milliards en 2004 (3 fois plus qu’en 2002)

- une dette publique toujours en progression qui dépasse 66% du PIB (1.200 Mds) ;

- une perte de compétitivité de 7 places depuis 2003, nous reléguant à la 30ème place mondiale.

- Une perte de 2 places au classement économique mondial (derrière la Grande Bretagne)

- 12% de la population vit avec moins de 650 euros par mois ;

- 12 millions de Français vivent dans la précarité.
 

Il faut réveiller la France avant qu'elle ne finisse par tomber dans le coma économique. 

 

Toujours plus de taxes. Je suis tombé par terre, devant la vie trop chère, le nez dans le ruisseau, grâce aux services fiscaux. La France est toujours dans le peloton de tête de l’Europe en ce qui concerne les prélèvements obligatoires autour de 50% du PIB. Loin devant l’Italie qui ne collecte que 31% de son PIB. Ce pourcentage ne représente d’ailleurs pas la réalité pour les salariés, car en France, la moitié du PIB est constituée de revenus financiers 10 fois moins taxés que les revenus du travail. Ce déséquilibre entre les revenus financiers et les revenus du travail d’autant plus inacceptable dans un pays où précarité et fracture sociale sont sur « presque » toutes les lèvres. Il y a tellement de taxes en France qu’il est difficile d’en établir avec précision le nombre, mais la simple comparaison du volume du code de nos impôts avec celui de nos voisins Suisses suffit à nous alarmer de notre situation. Notre code fiscal, comme la plupart de nos lois, est dix fois plus volumineux que le code suisse. 

 

22% de la population active est sans emploi. Difficile de faire le point sur le chômage, dans l’océan de la désinformation, tant le sujet est sensible et politiquement stratégique. L’intelligence marketing politique fait largement appel à la gymnastique administrative pour tenter d’apporter un peu de positivisme à des bilans si désastreux qu’on n’a plus qu’une solution, les cacher.

 

En 2004, 2.727.000 chômeurs étaient comptabilisés officiellement, dont la moitié de longue durée, auxquels on devrait rajouter 1.685.000 personnes inscrites à l’ANPE, mais non comptés comme chômeurs, plus 1 million de RMIstes également non pris en compte dans le calcul du chômage. Cela représente environ 5,4 millions de personnes sans emploi. Ramené à la population active de référence qui était de 24,7 millions, c’est 22% de personnes sans emploi en 2004, et non pas ce beau chiffre de 9,9% que l’on trouve dans les statistiques (juste en dessous du seuil psychologique des 10%). À titre de comparaison, le chômage était seulement de 2,5% en 1967, presque dix fois inférieur, et représentait tous les sans emploi.

 

Les Français, privés du droit à la propriété. Si l’appréciation de l’euro et les faibles taux d’intérêts ont profité aux propriétaires chanceux qui ont vu leur capital décuplé par la flambée des prix de l’immobilier, c’est loin d’en être de même pour les aspirants à la propriété. Qui donc est capable aujourd’hui de s’acheter un appartement, et encore moins une maison. Certainement pas les jeunes qui ont de plus en plus de mal à se loger. De nouveaux privilégiés apparaissent, ceux qui peuvent encore accéder à la propriété. Combien ne peuvent même pas continuer à vivre dans le logement qui est le leur depuis plusieurs générations car il ne peuvent pas payer l’impôt qu’on leur réclame, suite à la revalorisation de leur patrimoine. Au rythme actuel, les Français ne pourront bientôt plus habiter en France, car les étrangers font une véritable razzia sur notre patrimoine immobilier. Heureusement, il y a encore les banlieues où ce ne sont pas les prix qui ont flambé… Pourquoi les achats étrangers ne seraient-ils pas taxés au même titre que nos importations de biens ?

 

La désintégration des banlieues. C’est une évidence pour tous, le cloisonnement des minorités françaises, concentrées dans les banlieues constitue une véritable bombe à retardement, un feu qui couve depuis autant d’années que le problème de fond est ignoré. La poussée du front national l’avait comme qui dirait déjà annoncé. Par contre, plus moyen de continuer à faire l’autruche depuis la crise de 2005, mais la menace ne s’est endormie que jusqu’à son prochain retour qui sera bien sûr bien plus fort que le précédent. Ce n’est pas les quelques « mesurettes » adoptées à la hâte, comme d’habitude pour calmer les esprits, qui suffiront à résoudre un problème de fond aussi important. Cela, tout le monde le dit, mais personne n’a encore proposé de réelle solution. À travers ce phénomène, c’est une véritable crise d’identité à laquelle la France est confrontée et qu’elle devra affronter un jour ou l’autre. Quelle catastrophe et combien de morts seront-ils nécessaires pour qu’on accorde à ce problème l’importance qu’il mérite. C’est sans aucun doute le plus difficile et plus délicat problème de la France, mais il faut se décider à le placer dans nos priorités.

 

Le malaise de la jeunesse. Le malaise de la jeunesse manifeste le conservatisme, l’archaïsme et le retard de nos institutions, inadaptées à notre époque. La crise de novembre 2005, initiée et nourrie en grande majorité par des mineurs, suffit à en témoigner. La crise du CPE (contrat première embauche) qui lui a succédé, a illustré parfaitement l’angoisse des jeunes devant la progression de la précarité. Quoi de plus normal puisque les jeunes sont de loin les plus touchés par le chômage. Quand la jeunesse normalement insouciante et optimiste descend dans la rue, une étape de plus dans le malaise social a sans aucun doute été franchie. Il faut retourner 40 ans en arrière pour trouver un mouvement aussi réactionnaire au malaise social. En 1968, les étudiants sont déjà descendus dans la rue pour faire bouger une société inapte à leur faire espérer un avenir sain et optimiste. Aujourd’hui, non seulement notre société n’a guère évolué, mais cela a empiré puisque ce sont nos adolescents qui cette fois ont montré l’exemple de la révolte, et que la crise s’est étendue à toutes les catégories sociales. Écoutons nos enfants et réagissons avant que toutes nos forces vives disparaissent définitivement.

 

Justice ne rime qu’avec injustice. La première source de délinquance est le refus d’adhérer à un système injuste et corrompu. Dans un système injuste, la délinquance s’incruste. La justice en France n’a jamais été un modèle. Nous en avons eu la preuve avec la mise en évidence d’un problème structurel majeur mis à jour par l’affaire d’Outreau. 13 personnes ont eu leur vie définitivement changée, une en est morte, pour satisfaire l’ambition ou les frustrations d’un jeune juge d’instruction à peine sorti d’école, manifestement médiocre, mais déjà tout puissant. Il ne s’agit plus d’une multiple erreur judiciaire, mais de l’illustration d’une faille profonde et inacceptable dans ce qui touche le plus le cœur des hommes, la justice. Lourdeur, lenteur, manque chronique de magistrats, système favorisant toujours la fraude puisque par le jeu des procédures, il peut s’écouler dix ans avant d’obtenir réparation d’un préjudice, ou moisir plusieurs années en prison avant un jugement, innocent ou coupable. La justice est l’organe le plus sensible et le plus important pour le fonctionnement d’une société humaine équitable. De son efficacité et de son intégrité dépendent le respect et l’importance que les citoyens accordent à toutes les lois et à leur communauté, conditionnant par là même l’unité et l’énergie nationales.

 
Par jean-marc
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